Affiche

LES GORILLES

Masque de cuir noir, regard assombri par de puissantes arcades sourcilières, une force herculéenne, tout concourt à faire du gorille mâle adulte un animal impressionnant. En 1902, un individu tué près d’Ouesso mesurait 2,30 m et pesait 350 kg. Malgré son aspect patibulaire au premier abord, le gorille est de fait un doux géant pacifique et craintif. La moindre égratignure fait l’objet de soins attentifs et minutieux. On n’observe pas dans le groupe, de charivari, de cris, d’altercations comme c’est le cas chez les chimpanzés. Les relations sont sans histoire et la vie de famille se déroule le plus souvent sous le signe d’une entente affectueuse et cordiale. Les grands mâles supportent les jeunes avec patience et bienveillance et les petits adorent effectuer leurs cabrioles autour du chef, quand ce n’est pas sur le chef lui-même.

Chaque groupe se déplace sur un territoire de 10 à 15 km2 dont ils n’interdisent pas forcément l’accès aux gorilles étrangers. Les incursions et les chevauchements entre groupes sont fréquents et la tolérance assez large. Leur nourriture principale est constituée de chardon, de céleri sauvage, de gallium, d’orties, de pousses de bambou, de mûres et d’une trentaine d’autres plantes. Les distances parcourues quotidiennement sont courtes, en moyenne de 3 à 400 m à vol d’oiseau.

Poursuivre les gorilles de montagne dans leur milieu naturel n’est pas de tout repos. En revanche, grâce à la densité de végétation, ils laissent au sol des traces imposantes qu’il est facile de suivre. Des indices permettent d’évaluer la date, voire l’heure approximative de leur passage comme le montre la sève des tiges de lobélies cassées qui coagulent progressivement au fil du temps.

La prise de contact avec les gorilles est un moment exaltant mais délicat. La visibilité étant quasiment nulle, leur présence proche est souvent trahie par leur forte odeur portée par la brise ou émise par la végétation qu’ils ont imprégnée à leur passage. Les bruits occasionnés par la rupture et le broyage de végétaux indiquent aussi leur présence. Toute surprise créée par l’arrivée inattendue d’un visiteur risque de provoquer la charge du mâle, ce qui doit être évité afin de ne pas nuire au travail d’accoutumance et de mise en confiance du groupe. Il est impératif de se faire annoncer à distance par des appels discrets imitant leurs grommellements rauques de satisfaction. Le contact visuel établi, il faut se garder de tout geste brusque, de regard direct prononcé, se déplacer de préférence à quatre pattes, la station bipède étant perçue par les gorilles comme une posture d’intimidation. Le reste n’est qu’histoire de patience et de temps. Il faut attendre que les gorilles réduisent d’eux-mêmes les distances d’approche, que leur confiance s’installe progressivement, que leur crainte cède devant leur curiosité naturelle.