Revue découverte

Hommage à Jean Brette (1946-2017)

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Jean Brette nous a quittés le 9 février 2017. Il avait été le chef du département de mathématiques du Palais de la découverte pendant de nombreuses années jusqu’à son départ en 2004. Voici, à travers l’évocation de quelques souvenirs, un bref aperçu de ce qu’il avait apporté aux élèves, au public du Palais, à l’établissement et à moi-même. Jean Brette, le conteur de maths, s’en est allé cette année…
Par Pierre Audin, médiateur scientifique, unité Mathématiques du Palais de la découverte

J’ai fait la connaissance de Jean Brette pour la première fois à travers deux livres publiés en 1984 – « Serge Lang fait des maths en public » et « Serge Lang, des jeunes et des maths » –, suite au travail qu’il avait mené avec ce mathématicien de renom. Cette rencontre entre un mathématicien et des élèves interpellait le jeune professeur de mathématiques que j’étais alors. J’ai écrit à Jean Brette pour récupérer les enregistrements originaux de ces séances en classes de collège. Je peux dire aujourd’hui que c’est cette expérience, vécue et relatée par lui, qui m’a incité à faire participer mes élèves à l’opération « 1 000 classes 1 000 chercheurs », lancée par le ministre de la Recherche et de la Technologie Hubert Curien (1924-2005) en 1985-1986, et m’a permis de démarrer une coopération avec un autre mathématicien, Pierre Duchet. « MATh.en.JEANS » (MeJ) est né de cette rencontre. Grâce à Michel Demazure, mathématicien et directeur du Palais de la découverte (1991-1998), et surtout à Jean Brette, le troisième congrès de MeJ s’est tenu au Palais en 1992. Pendant l’année scolaire 1991-1992, nous avons rencontré ainsi à de multiples reprises Jean Brette, qui avait subi une opération importante mais tenait à ce que le congrès soit utile aux élèves de MeJ comme au public du Palais. Nous avons continué à travailler ensemble sur la publication des actes du congrès, en particulier sur le texte de la conférence qu’avait animée le mathématicien Marcel Berger (1927-2016). L’année suivante, j’entrais au département de mathématiques du Palais ; mon supérieur était Jean Brette et mon directeur Michel Demazure.

Jean Brette avait commencé sa carrière au Palais de la découverte à 18 ans comme chargé d'exposés en Salle d'électrostatique. Il s'est appliqué ensuite à faire vivre la Salle de mathématiques, aussi bien au travers des expositions sur les mathématiques, l'informatique et l'automatique que dans les activités menées avec le public du Palais.

Jean Brette présente sur un écran 2250 d'ordinateur IBM des courbes réalisées informatiquement, au Palais de la découverte, en mai 1975. Les coordonnées sont calculées par l'ordinateur IBM 1130, les points sont ensuite affichés et reliés par des segments de droites. © C. Rousselin / Universcience.

En 1966, la compagnie IBM prêta au Palais la première machine à porter le nom d’« ordinateur ». Celui-là était installé au centre de la Salle de mathématiques. C’était sans doute le seul endroit en Europe, et peut-être au monde, où les visiteurs pouvaient voir un ordinateur en fonctionnement et bénéficier d’explications. Jean Brette recevait groupes scolaires et grand public. Cette machine fut utilisée également plus tard par le club Jean-Perrin créé en 1971. Les jeunes s'en servaient en (presque) libre-service, en fonction de sa disponibilité : ils s’intercalaient entre les démonstrations et expliquaient leurs travaux aux visiteurs médusés. En 1971, Jean Brette fit installer un nouvel ordinateur sur le Balcon des mathématiques, un IBM 1130 équipé de l’une des premières consoles graphiques. En 1973, il créa la Salle d’automatique, qui était en quelque sorte une salle de mathématiques appliquées où étaient présentées les opérations logiques et où une maquette du Concorde pouvait aussi être pilotée.

En 1976, la Salle de mathématiques accueillait l’exposition « Images, art et ordinateurs ». En 1980, il s’agissait d’une exposition de gravures de Patrice Jeener, qui poursuivait la tradition « arts et sciences ». En 1986, avec le mathématicien Henri Cartan (1904-2008) et Jean-François Chabaud, un psychanalyste également sculpteur, Jean Brette installait l’exposition « La chaîne de Whitehead et la théorie des nœuds ». En 1988, ce fut le tour de « Aux frontières du chaos », où il présentait de magnifiques photographies d’ensembles de Julia et de Mandelbrot. « La chasse aux surfaces minimales » montrera en 1989 des images de nouvelles surfaces minimales réalisées par David Hoffman et des expériences sur les films de savon. Sous l’impulsion du directeur du Palais de l’époque (1989-1990) Étienne Guyon, et avec Gilles Catillon qui gérait la partie physique, Jean Brette s’occupa de la partie mathématique de l’exposition « De près comme de loin, formes fractales ». Pour célébrer l’Année internationale des mathématiques, il accueillit l’exposition « Au-delà du compas : la géométrie des courbes » conçue par l’École normale supérieure de Pise.

En 1986, à la demande de Michel Hulin (1936-1988), directeur du Palais de 1984 à 1988, Jean Brette créa les ateliers de découverte « Mathématiciens en herbe » pour les classes de cours moyens et de sixième. Il s’agissait de mettre les élèves dans une situation aussi proche que possible de celle d’un mathématicien : observation, conjectures, discussion, preuves, etc. En dehors de ses jours de travail, il menait une action du même genre avec Jean-Pierre Bourguignon, alors directeur de l’Institut des hautes études scientifiques (IHES), pour des classes de la Région parisienne qu’ils rencontraient tous deux régulièrement. Ce projet a donné lieu à une œuvre monumentale réalisée par l’artiste Jessica Stockholder à partir des travaux des élèves et installée dans le jardin de l’IHES en 2005.

Sculpture réalisée par Jessica Stockholder à l’IHES. Elle donne plusieurs solutions du problème étudié par les élèves de l’atelier « Mathématiciens en herbe ». © Association 3-ca / Jesica Stockholder / IHES.

L’année précédente, en 2004, Jean Brette avait quitté l’établissement après y avoir passé plus de quarante ans. Il est mort en 2017, l’année des 80 ans du Palais de la découverte, trop tôt pour fêter ensemble cet anniversaire. P. A.


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