Crédits de l'épisode :
- L’oncle Manuel : Manuel Guilot
- Myriam, la fille de Florence : Myriam Doumenq
- Avec Marielle Vergès, chargée de projets « Un chercheur une manip » au Palais de la découverte
Personnages :
L’oncle Manuel : Manuel Guilot
Myriam, la fille de Florence : Myriam Doumenq
Avec Marielle Vergès, chargée de projets « Un chercheur une manip » au Palais de la découverte
Les esprits du Palais, un feuilleton radiophonique du Palais de la découverte qui fait résonner culture et vocation scientifique.
Épisode 6 : Recherche au présent
Scène 1
L’oncle Manuel [en visio] : … Dans les années 80, il y a eu le philosophe Bruno Latour, avec “La Science en action”, un des textes qui ont contribué à renouveler la sociologie des sciences… Et plus récemment, tous les ouvrages sur le dérèglement climatique ou la transition écologique… Je suis convaincu qu’il est urgent de prendre la parole sur la place des scientifiques dans le fonctionnement de nos sociétés, de la démocratie… Et de réfléchir aussi à cette question de l’expertise, à toutes les questions éthiques qu’elle pose…
Myriam : Tu veux parler du risque d’instrumentalisation par le pouvoir politique ou économique ?
L’oncle Manuel : Exactement… c’est exactement ça. Et vu l’état général de la planète, c’est le moment ou jamais de s’engager… Ce qui m’encourage, moi, c’est qu’on est nombreux, en Amérique du Nord ou ailleurs, à avoir envie de faire bouger les choses… Nous, les scientifiques, nous sommes parmi les mieux placés pour lancer l’alerte. Encore faut-il qu’on nous laisse parler ! Et qu’on se rappelle que la science n’est ni une croyance, ni une opinion…
Myriam : C’est ce que dit toujours Akimou.
L’oncle Manuel : Qui ça ?
Myriam : Akimou, un ami à moi…
L’oncle Manuel : Nous devrions être aussi présents dans les médias que les artistes ou les hommes politiques, car nous sommes connectés à la réalité en permanence, et hyper concrètement ! Mais bon, je m'emballe, là. Tout ça, ce sont des sujets bien sérieux…
Myriam : Peut-être, mais c’est pas pour ça que c’est pas passionnant, au contraire… [Silence]
L’oncle Manuel : En plus, il va être 17 heures à Montréal, il doit être super tard chez toi, non ? C’est pas très raisonnable, il faut que je te laisse dormir…
Myriam : Il est bientôt 23 heures, mais ça va, t’inquiète, tonton Manuel…
L’oncle Manuel : Ah ah [rires]
Myriam : D’ailleurs il faudra venir nous voir, la prochaine fois que tu viendras en Europe. J’en ai parlé avec maman, je crois que ça lui ferait plaisir : elle n’est toujours pas rentrée du journal, ils avaient besoin d’elle pour le bouclage, elle m’a écrit de te saluer…
L’oncle Manuel : Tu lui diras bonjour aussi. Ça me ferait tellement plaisir de la revoir, après tout ce temps… Nous avons été trop longtemps sans nous donner de nouvelles…
Myriam : En tout cas, tout ça, ce que tu me racontais à l’instant, ça ne fait que renforcer mon envie de faire de la médiation… la transmission… Faire connaître les sciences, relayer les travaux et les engagements des scientifiques, c’est super important…
L’oncle Manuel : C’est vrai, mais, Myriam, tu n’en es qu’au début, ne brûle pas les étapes. Déjà, donne-toi à fond dans tes études d'astrophysique, si après ta licence c'est la discipline qui continue à te plaire, tu pourras commencer à te soucier de transmettre… Et puis, de tout façon, tu as déjà plein de moyens de le faire : ou publiant des vidéos sur les réseaux sociaux, par exemple… ou même ne serait-ce qu’en faisant du soutien scolaire, pour transmettre aux plus jeunes ton goût des sciences…
Myriam : Tu as raison.
L’oncle Manuel : Ah oui, et l’autre jour je me suis dit qu’il fallait absolument que je te parle d’autre chose. D’un lieu qui a été très très important pour moi, dans ma vocation scientifique. Quand je l’ai découvert, j’y suis retourné aussi souvent que possible, parfois même tout seul : on n'habitait pas très loin -, pour écouter des exposés. Et là-bas, justement, tu as plein de scientifiques hyper qualifiés qui se consacrent à la transmission, qui montrent la science en train de se faire. Tu vas adorer !
Myriam [impatiente] : Mais, c’est…
L’oncle Manuel [l’interrompant] : D’ailleurs c’est ton père qui m’y a emmené la première fois. J’avais 6 ans, je m’en souviens comme si c’était hier… Il adorait faire partager ses passions, il devait estimer que ça faisait partie de son rôle de grand frère…
Myriam : Je voulais d’ailleurs te remercier pour tout ce que tu m’as déjà raconté sur papa. C’est comme si j’avais plus de souvenirs de lui, à présent… Merci… Mais maintenant dis-moi : ce fameux endroit, il est où, c’est quoi ?
L’oncle Manuel : Tu y es peut-être déjà allée, mais comme souvent on ne va pas visiter ce qui est près de chez nous : c’est le Palais de la Découverte.
Myriam : Ah ah, trop drôle !
L’oncle Manuel : Pourquoi c’est drôle ?
Myriam : Je le connais comme ma poche, ou presque. Enfin, bon, pour le moment, je connais surtout les Étincelles du Palais de la découverte. Le Palais, lui, est fermé pour travaux... Maman a fait un grand reportage il y a quelque temps, et moi, l’an dernier, pour le Club Média de mon lycée, je suis allée aux Étincelles interviewer plein de gens : des médiatrices, des médiateurs… et même une conservatrice !
L’oncle Manuel : Trop bien ! Tu m’enverras le lien ? C’est en audio ?
Myriam : Non, c’est un article écrit : j’avais pas le temps de faire tout le montage, avec le bac et tout… Je t’enverrai le lien.
L’oncle Manuel : En tout cas, quand je te disais, au début de notre conversation, qu’il est possible de conjuguer recherche et transmission, je pensais justement aux médiatrices et aux médiateurs du Palais de la découverte...
Myriam : C’est vrai qu’ils ont tous minimum un bac +5… D’ailleurs, parmi les personnes que j’avais interviewées pour mon article, il y avait Marielle Vergès, que j’avais spécifiquement interrogée sur la recherche, justement…
Scène 2
Myriam : La recherche est depuis toujours au cœur du Palais de la Découverte : et en particulier la recherche fondamentale. Déjà, est-ce que pouvez nous rappeler brièvement ce que ça signifie, « recherche fondamentale » ?
Marielle Vergès : Alors, la recherche dite fondamentale accroît la connaissance et la compréhension dans les domaines scientifiques. Mais contrairement à la recherche appliquée, elle n'est pas menée pour développer rapidement une application ou une technologie, mais elle y contribue à plus ou moins long terme. Et les exemples d'application à posteriori sont nombreux. Par exemple, le GPS, le laser, l'ordinateur quantique, le séquençage ADN, les biotechnologies, les centrales nucléaires et j'en passe. Et inversement, la recherche fondamentale bénéficie des progrès technologiques réalisés en recherche appliquée.
Myriam : En quoi est-il justement essentiel aujourd’hui pour le Palais de la Découverte de (je cite) « porter la voix de la recherche fondamentale », et de « partager avec le plus grand nombre ses enjeux les plus contemporains » ?
Marielle Vergès : C'est important parce que, le Palais de la Découverte, c'est un lieu de science qui a été créé pour donner au public le goût de la culture scientifique. Alors la culture scientifique, c'est un vecteur d'émancipation très important. Et d'ailleurs, Jean Perrin, fondateur du Palais de la Découverte en 37, 1937, il disait la culture scientifique, ça développe des qualités de précision, de probité, de liberté de jugement et c'est bien utile et précieux. Et d'autant plus à l'heure actuelle, parce qu'il y a des tas de fake news qui pullulent partout et les vocations scientifiques se tarissent. Donc ça reste essentiel de partager largement les fondamentaux de la science et la recherche actuelle.
Myriam : J’aime beaucoup le dispositif « Un chercheur, une manip », qui invite des scientifiques à venir présenter leurs recherches et leurs expériences au public. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
Marielle Vergès : Bien sûr. Alors, le dispositif « Un chercheur, une manip », c'est une occasion unique d'échanger en direct avec les personnes qui font avancer la science. C'est un dispositif qui a été créé en 2005. Et depuis cette époque, régulièrement, des scientifiques de toutes disciplines viennent parler de leurs travaux de recherche et font la démonstration d'expériences au plus près de celles qu'ils mènent dans leur laboratoire. Ils présentent le contexte de leur recherche, les questions qu'ils se posent et toutes les méthodes qu'ils emploient pour y répondre. Alors, avant de venir, les chercheurs collaborent avec nous. On monte les projets de médiation scientifique avec eux, bien en amont. Il faut mettre au point les expériences. Il faut acheter des matériels, le plus souvent, parce que leurs expériences de laboratoire, elles ne sont pas toujours complètement transportables au Palais, d'ailleurs elles le sont rarement. Donc il y a tout un travail de préparation qui prend du temps, en amont. Et puis, les équipes de recherche, elles peuvent venir aussi lorsqu'elles portent des projets de jeu sérieux. Ce sont des projets qui peuvent être plus ou moins à l'état de prototype et dans ce cas-là, le public peut échanger en amont, là aussi, au cours de présentations, d'ateliers plutôt, puisque le public joue réellement à ces jeux, même s'ils sont à l'état de prototype. Et ça fait avancer la réflexion des équipes de chercheurs sur leur projet.
Myriam : Pour finir, j’aimerais que vous me racontiez la naissance de votre vocation scientifique : qu’est-ce qui vous a donné envie de consacrer votre vie professionnelle à la science, et qu’est-ce qui vous a menée au Palais de la Découverte ?
Marielle Vergès : Alors moi, j'ai découvert les sciences au lycée, tardivement, et je me souviens d'une discussion avec les camarades sur un phénomène de physique qu'on a fini par comprendre ensemble. C'était une grande joie de comprendre tout d'un coup ce phénomène, après une discussion à plusieurs. Petite, moi, je n'ai pas eu la chance de fréquenter le Palais de la Découverte. Je l'ai découvert là aussi plus tard, lorsque j'ai repris mes études et c'est une grande chance d'avoir pu y travailler, d'abord en tant que vacataire, et puis par la suite, plus professionnellement, sur des contrats de longue durée. Et je retrouvais, en faisant des exposés devant le public, en présentant des expériences, cette joie de comprendre et de faire comprendre les phénomènes de physique, de façon ludique. Et c'est là que ma vocation de médiatrice scientifique est née. Et depuis quelques années, j'étends cette activité à ces travaux de recherche en travaillant pour l'offre 1 chercheur, 1 manip. Mais ça reste toujours passionnant.
Fin de l’épisode 6
Myriam et Manuel s’entretiennent en visio. Ils parlent de l’importance de la transmission des sciences, de la parole des scientifiques. Myriam évoque l’entretien qu’elle a eu avec Marielle Vergès, responsable du projet « Un chercheur, une manip » du Palais de la découverte. Ce projet permet aux scientifiques de partager leurs recherches avec les publics, de répondre aux questions qu’ils se posent, de tester des dispositifs de médiation. Curieuse de savoir ce qui l’a menée aux sciences, Myriam fait parler Marielle sur son parcours.
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